
L’image est tellement parfaite qu’on pourrait croire à un montage. Ce matin-là, comme chaque dimanche, et souvent deux fois par semaine, Raphaël Morin, berger dans la baie du Mont-Saint-Michel (Manche), vient rassembler ses 200 brebis et leurs agneaux disséminés sur l’estran, à seulement quelques encablures de la célèbre abbaye surnommé la Merveille. La scène est déjà fascinante, mais l’éleveur, installé depuis seulement trois ans à Céaux, a en plus la particularité de conduire son troupeau… à cheval !
On les voit soudain lui et sa monture, Little, partir au galop pour ramener une des brebis un peu éloignée vers le cœur du troupeau. « Afin de m’assurer que tout va bien pour les animaux et de compter les agneaux, à la belle saison, je rentre le troupeau deux fois par semaine à la bergerie. Ils broutent sur l’estran au milieu de la baie, parfois éloignés les uns des autres de plusieurs centaines de mètres et même de quelques kilomètres. »
La logique serait d’aller les rassembler en quad. « Mais ma femme avait un cheval. Et un jour, je me suis dit : tiens, et si j’essayais. Et ça a tout de suite été comme une évidence. Je suis dans la baie avec les chiens et les moutons, sans aucun moteur. Je peux donc crier mes ordres aux chiens et aux moutons sans être couvert ni par le bruit ni par le casque. Et surtout, je n’ai pas à regarder où je vais. C’est le cheval qui s’en occupe. »
Il complète avec un CAP de boucher
Le berger passe d’ailleurs dans des endroits où le quad ne pourrait jamais aller et peut consacrer toute son attention aux moutons : « En plus, je suis en hauteur, donc c’est vraiment idéal. Parfois, il m’arrive même de repérer un souci sur tel ou tel mouton d’un de mes collègues alors que lui ne l’avait pas vu à pied ou en quad ».
La lumière du jour déploie pendant ce temps un paysage à couper le souffle. Raphaël ne perd jamais sa chance des yeux. C’est aussi que ses animaux sont selon lui très heureux ici. « Ils pâturent des plantes qui poussent sur les prés-salés, des prairies recouvertes occasionnellement par la mer. J’essaie de faire en sorte qu’ils y passent le plus de temps possible. C’est leur nourriture exclusive. Je ne leur donne aucun autre complément alimentaire, insiste-t-il. C’est aussi ce qui donne ce goût unique à l’agneau de pré-salé ».
Les clients ne s’y trompent d’ailleurs pas puisque les commandes se bousculent, venant essentiellement de restaurateurs parfois prestigieux, mais aussi de bouchers et de particuliers, dans la région et en Ile-de-France. « J’assure 100 % de mes ventes en direct. Et je peux même désormais conditionner ma viande moi-même puisque je viens d’obtenir en plus mon CAP de boucher ».
Quant à savoir enfin si Raphaël a trouvé son équilibre financier… « J’ai commencé à monter intégralement mon troupeau il y a trois ans et demi. J’ai commencé à me verser un salaire en août dernier. Je viens donc seulement de trouver mon rythme de croisière. Et j’espère que d’ici deux ans, si tout se passe bien, l’exploitation sera enfin à l’équilibre économiquement. »
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