C’est une gestion assez unique en France. Depuis la fin des années 2010, le Mont-Saint-Michel, classé patrimoine Unesco, est placé sous le contrôle de deux entités.
D’un côté, L’Établissement public national du Mont-Saint-Michel (Epic), gère la globalité du site, des parkings et de l’aspect environnemental de la baie alentour. De l’autre, le Centre des Monuments Nationaux (CMN) s’occupe exclusivement de l’abbaye, dont il récolte notamment le bénéfice des entrées.
Un changement estimé nécessaire
Depuis de nombreuses années, élus locaux, régionaux et même nationaux ne cessent de réclamer un changement de gouvernance et de ne laisser qu’une seule institution gérer le Mont-Saint-Michel.
Une question épineuse, tant les enjeux financiers sont importants pour chaque partie. Il y a quelques mois, Hervé Morin, président de la Région Normandie, indiquait clairement être contre cette « double gouvernance » pour « plus d’efficacité ».
Ce lundi 4 mai, ce sont cette fois les députés de l’Assemblée Nationale qui se sont penchés sur le sujet. Neuf d’entre eux, de tous bords politiques, se sont réunis sur La Merveille en commission parlementaire afin de mieux comprendre la gouvernance actuelle et d’évaluer les impacts d’un tel changement.

Pleins pouvoirs pour l’Epic ?
Élu local, le député de la 2e circonscription de la Manche Bertrand Sorre (Ensemble pour la République), ne cache pas sa volonté de voir cette double gouvernance prendre fin, lui aussi. « La création de l’Epic a été une première étape dans la simplification de cette gestion. Nous devons aujourd’hui aller plus loin et confier la gestion de l’ensemble du site à l’Epic », tranche-t-il.
L’élu estime que l’Établissement public gère la grande majorité du site mais « n’en récolte pas tous les fruits ». En effet, le CMN ne verse qu’une petite partie des revenus totaux de l’abbaye chaque année, soit 675 000 euros, sur les 16,5 millions d’euros générés, comme le mentionne la Cour des comptes dans un récent rapport.
« L’idée n’est pas de pousser dehors le CMN mais de réajuster cette péréquation en versant une plus grosse part à l’Epic. Cela pourrait être progressif au fil des années », suggère Bertrand Sorre.
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Désengagement financier de l’État
Au-delà d’une simplification administrative, ce changement de gestion vise à offrir de plus gros revenus à l’Epic. L’Établissement se trouve aujourd’hui à un carrefour de son fonctionnement.
« Nous vivons un désengagement financier progressif des collectivités et de l’État dans les subventions accordées. Ce n’est pas une surprise, puisque tous les acteurs de sa création ont acté la fin de cette aide financière au bout de six ans. Cependant, il possède des contraintes financières à tous les niveaux et doit trouver d’autres sources de revenus », rappelle le député.
En effet, la Région Bretagne s’est déjà désengagée du Mont-Saint-Michel, tandis que la Région Normandie s’apprête à le faire. Le Département de la Manche et le ministère de la Culture ont eux aussi diminué leur enveloppe d’aide, alors que le ministère de la Transition écologique, n’injecte plus d’argent non plus.
L’Epic doit donc trouver de nouvelles sources de financement pour continuer sa gestion du Mont-Saint-Michel. 40 millions d’euros d’investissements sont en effet prévus jusqu’à l’aube de la nouvelle décennie. Des contrats de mécénat sont déjà engagés depuis peu pour soutenir ce budget mais le chiffre d’affaires généré par l’abbaye constitue une source de revenus non négligeable.
« Cette double gouvernance est un frein au mécénat mais aussi aux projets culturels par exemple. Les prestataires doivent s’adapter aux conditions de l’Epic mais aussi du CMN », poursuit le député.
« La question de faire basculer le Mont-Saint-Michel dans un domaine public n’est pas non plus écartée. Le château de Chambord a bien connu cette situation. Le CMN s’est retiré et c’est aujourd’hui un domaine public qui fonctionne », relate Alexandre Portier, député (Droite républicaine) du Rhône et président de cette commission parlementaire.
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À la fin, le Premier ministre décide
Les députés semblent optimistes sur la résolution de cette question et espèrent une décision prise « avant l’été », sur l’avenir du Mont-Saint-Michel. « Il faut le faire maintenant. Ensuite, nous entrerons dans la période des élections présidentielles et aucune décision ne sera prise juste après », estime les deux députés.
La commission parlementaire vise à accélérer la résolution de cette question et la porter au plus haut niveau : celui du Premier Ministre. « À la fin, c’est lui qui prendra une décision concernant la gouvernance du Mont-Saint-Michel », précise Bertrand Sorre.
L’élu espère tout de même un choix rapide en faveur de l’Epic, pour davantage le soutenir dans sa gestion du site classé. Le Centre des Monuments Nationaux ne sera peut-être pas du même avis. Le Mont-Saint-Michel représente en effet l’une de ses monuments les plus rentables.
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