« Le seul conseil à donner, c’est de ne jamais s’aventurer dans la baie sans guide », insistent Thierry Seni et Stéphane Gueno, deux des 63 guides qui accompagnent au quotidien des groupes de promeneurs pour traverser la baie du Mont Saint-Michel (Manche). Pompiers, guides, sauveteurs en mer et gendarmes se coordonnent au quotidien pour assurer la sécurité des 2,5 millions de visiteurs par an, dont 10 % environ choisissent de traverser la baie.
Une vingtaine d’interventions dans la baie
Chaque année, les pompiers mènent environ 450 missions de secours au Mont Saint-Michel, et une vingtaine dans la baie. « Il y a assez peu d’interventions dans la baie, notamment grâce à la vigilance des guides, mais ce sont les plus complexes. Nous y allons lorsqu’il n’y a aucun autre moyen de secourir les personnes », détaille le capitaine Thomas Bounissou, commandant de compagnie des sapeurs-pompiers du Sud Manche. « L’accessibilité est difficile, et les conditions sont très changeantes. Il faut donc une connaissance très particulière du lieu », explique-t-il. « Nous sommes souvent appuyés par l’hélicoptère de la sécurité civile Dragon 50, car nous ne pouvons pas toujours intervenir par voie terrestre ».

L’île aux moustiques, interdite d’accès
L’une des zones très fréquentes d’intervention des pompiers est l’île aux moustiques, un îlot interdit d’accès à cause du risque d’encerclement, entre le Mont et le barrage, mais régulièrement visité par des promeneurs à marée basse. « Quand nous sommes occupés à secourir des personnes qui se mettent en danger malgré une interdiction claire, nous ne pouvons pas intervenir ailleurs pour un départ d’incendie, ou un malaise cardiaque, par exemple, ce qui rallonge nos délais », regrette-t-il.
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Des véhicules amphibies
Pour secourir des personnes en difficulté dans cet espace naturel particulier, les pompiers disposent d’engins spécifiques.« Nous utilisons des véhicules amphibies pour faire le lien entre la passerelle de sécurité et le rocher », explique Cloé Bertin, capitaine au centre de secours du Mont.
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« Même quand la baie est recouverte d’eau, la profondeur ne dépasse jamais 80 cm, donc les engins amphibie peuvent passer en suivant une trajectoire précise, sauf dans certains cas où nous demandons à un bateau ou un hélicoptère, d’intervenir ». En plus du canot des sauveteurs en mer, ils peuvent faire appel à d’autres bateaux du centre de secours d’Avranches.
Pour intervenir dans le village, ils disposent aussi d’un brancard spécifique, adapté aux escaliers. Les guides, de leur côté, partent toujours avec un sifflet pour alerter des promeneurs, mais aussi une trousse à pharmacie, une montre, une corde et une chasuble qui les identifie.
Des secours coordonnés
Lorsqu’une personne est en difficulté, les pompiers et les sauveteurs en mer communiquent en permanence par téléphone pour se coordonner. « En fonction des marées, la coordination se fait soit par le Cross (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage, NDLR), qui gère les secours en mer, soit par les pompiers, explique Thomas Bounissou.
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« Quand c’est en milieu maritime, c’est plutôt le Cross qui va s’engager, et si la marée est descendante, ce sont plutôt les pompiers. Le matériel et les engins des pompiers ne sont pas entièrement maritimes, donc ils ne doivent pas se mettre eux-mêmes en danger ».
Policiers et gendarmes mobilisés
Tout au long de l’année, policiers et gendarmes ont aussi un rôle central pour la protection des visiteurs. L’été, des renforts complètent les équipes, et un périmètre de sécurité renforcé est mis en place, pour réaliser des fouilles et des contrôles aléatoires. Les forces armées de l’opération Sentinelle effectuent aussi des patrouilles pour protéger les citoyens et dissuader la menace.

» Pendant l’été, la brigade du Mont compte six officiers de la Garde républicaine, dont quatre à cheval, et deux à vélos « , détaille l’adjudant-chef Sébastien Raoul des Essarts, commandant de la brigade territoriale de la baie du Mont Saint-Michel.
Leurs principales interventions concernent les vols à l’arraché et à l’étalage. » Trois policiers municipaux patrouillent dans les rues et les remparts pour faire de la prévention, souvent avec les gendarmes, pour gérer les flux de personnes, et réagir en cas de vol « , ajoute le maire du Mont Saint-Michel, Jacques Bono.
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« Ils sont aussi aidés par les caméras de vidéoprotection, aidés par les guides, qui sont un peu leurs yeux sur place », détaille-t-il. « La police municipale peut aussi intervenir pour l’évacuation de certaines zones dangereuses« .
« Trop peu de prévention »
Pour mieux prévenir les risques liés à ce milieu très particulier, guides et pompiers regrettent un manque de prévention autour du Mont. « Il y a un manque d’informations et d’affichage sur tous les dangers importants, explique Thierry Seni.
Tous les jours, nous devons demander à des promeneurs de rentrer parce que la mer monte, et que c’est dangereux. Il existe un seul panneau, en bas du rocher – qui est souvent recouvert de sable- ce n’est pas suffisant ».

Un avis partagé par les pompiers : « Il y a trop peu de prévention par rapport aux risques, regrette le capitaine Thomas Bounissou. Même s’ils sont connus des locaux, il y a encore beaucoup de pédagogie à faire à l’échelle touristique ».
« Un jour, il y aura un drame, ce qui déclenchera des changements », ajoute le guide Thierry Seni. Mais pour l’instant, il n’y a pas d’accidents parce que les guides veillent «, ajoute-t-il.
Le maire du Mont Saint-Michel, Jacques Bono, le reconnaît : » Depuis le rétablissement du caractère maritime du Mont, il y a un déficit d’information par rapport aux risques de la baie. Mais nous travaillons avec l’EPIC pour mettre en place des outils modernes pour mieux informer sur les dangers mais aussi les interdictions au Mont Saint-Michel. »
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